ÉLOGE DE L'OMBRE
créations 1988 à 1996
peinture, peinture-objet




Cliquez sur un titre pour ouvrir l'une des 10 galeries d'images





NOUS SOMMES DEVENU DES LOTOPHAGES
AU CENTRE D'UN PAYSAGE AMNÉSIQUE.

La plupart des paysages que le temps macule sont rangés loin des regards, ou détruits.

Leur préservation, leur identification serait valeur à réfléchir notre propension à édifier, construire, fabriquer. Cette vision mnésique deviendrait alors analyse tangible à dévoiler davantage sous une lumière limpide, les systèmes monstrueux, sinon obscènes, de surproduction de besoins, formidablement soutenu par les médias. Système de paysage, de culture, d’individu, une fois périmé, jetable.

Bien au contraire d’une préservation, les friches une fois rasées laissent place aux parkings, H.L.M., drugstores et autres centres commerciaux, reflets de nos sociétés de l’abondance.

Un regard éveillé qui se fixerait sur un produit, un lieu usagé, désacraliserait ces objets et paysages renouvelés à grande vitesse. Aujourd’hui, on édifie un îlot de H.L.M. plus rapidement que la table rase du site où il sera construit. Il est devenu impossible avec recul et lucidité de réaliser les transformations incessantes de nos paysages urbains, donc d’en mesurer les vraies conséquences.

Paysages se maquillant ; transformations mécanisées comme les décors de gigantesques théâtres, rythmés successivement par des « représentations » faites pour séduire, s’enchaînant sans respiration.

Ce mouvement uniformise les villes, les métamorphosent  en « ville-clone », sans identité. La même architecture pour les mêmes besoins et les mêmes humains … Une école d’art finit par ressembler à une banque, ou l’opposé, on ne sait plus très bien. Mouvement économique réussissant presque à gommer, puis à régénérer le « rêve d’un progrès social ».

Ainsi, donner un intérêt objectif et passionné au paysage usé et usagé, va à l’encontre des hymnes à l’abondance prônés par nos sociétés civilisées. Face aux idéaux du sur-neuf, l’intérêt exhumant les friches de l’oubli devient un acte pernicieux. Il est immédiatement sans réflexion jugé comme synonyme de noirceur, désolation, tristesse, passéisme, nostalgie. En vérité cet acte d’observation, soulève : interrogations et affirmations, déséquilibrant la pertinence d’une technostructure de la surproduction irrémédiablement propre et sans reproche.

De grand accroissement pour nos gros besoins, de grandes évolutions pour de gros apparats. Entre ville et théâtralité, urbanisme des banlieues et zones industrialisées, les paysages d’aujourd’hui sont devenus avec leurs âmes mnésiques et leurs amnésies, de grands corps éparpillés.

Ce grand théâtre de nos mentalités sédentaires, fonctionne comme un leurre. Un kaléidoscope de notre bonne conscience. Une conscience convaincue des actions bienfaisantes de tous ces changements. En fait rien ne s’est déplacé. Les idéaux restent emprisonnée dans la profusion des objets de nos désirs.

Ce n’est pas un hasard si le grand mur brisé, le voile ouvert, s’est développé une pseudo-crise de conscience des problèmes essentiels. Mais l’on reste dans des « solutions-pansements », protégeant un capitalisme forcené et hiérarchisé. L’œil de la conscience s’est entrouvert. Le dialogue nord-sud est terriblement insuffisant ; drames démographiques et écologiques demeurent intimement liés.

Le nord édifie un mur mental, bétonne un axe est-ouest, poursuivant son sur-développement sans travailler pour une réalité pleinement planétaire. La méfiance des deux pôles s’enracine, les murailles prennent fondations. Nous ne faisons que nous tirer l’échelle de la conscience dont nous ne gravissons pas les échelons.

Tout semble bouger dans un monde profondément immobile et fragile. Nous vivons dans une immense « vanitas » aux fruits savoureux d’une grande beauté, qu’il nous faut « cyclo-consommer ». Fruits «  pimentés d’invisibles fleurs de lotos.

Nous sommes devenu des Lotophages au centre d'un paysage amnésique.

Hervé Delamare 1990

 

 

 

 

 

 

Vous ne parvenez pas à la page d'accueil du site, cliquez : ici