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NOTE PERSONNELLE :
Devant la puissance et l'importance du phénomène de la projection de l'esprit dans le champ de la création (des images et au dela), il est étonnant qu'il existe peu d'écrit. La banalité du phénomène, pourtant fondateur, en est peut être la raison.

LÉONARD DE VINCI

1490

ALEXANDER COZENS

1785

LÉON BATTISTA ALBERT

1464

GOMBRICH

1960

 


LÉONARD DE VINCI
Traité de la peinture à partir de 1490 il à 38 ans

EXTRAIT : Moyen d'exciter l'esprit et l'imagination à inventer plusieurs choses.

il s'excuse d'avance que cela est en apparence peu de chose, précise que la chose peut beaucoup servir à ouvrir l'esprit, à rendre fécond en inventions :

Chapitre 16 : Si vous regardez quelque vieille muraille couverte de poussière, ou les figures bizarres de certaines pierres jaspées, vous y verrez des choses fort semblables à ce qui entre dans la composition des tableaux ; comme des paysages, des batailles, des nuages, des attitudes hardies, des airs de tête extraordinaires, des draperies et beaucoup d'autres choses pareilles. Cet amas de tant d'objets est d'un grand secours à l'esprit ; 
il lui fournit quantité de dessins, et des sujets tout nouveaux.

Mais dans un chapitre précédent Léonard met en garde : cela ne suffit pas, pourrait-on résumer.

Chapitre 9 : … Ces murailles peuvent bien échauffer l'imagination, et faire inventer quelque chose, mais elles n'apprennent point à finir ce qu'elles font inventer.

 

 

LÉON BATTISTA ALBERT         Traité de la statuaire    1464       il à 60 ans
1404-1472 
Écrivain philosophe peintre architecte théoricien de la Renaissance Italienne.

IL ÉVOQUE POUR LA PREMIÈRE FOIS L’ORIGINE DE L’ART DANS LE PROCESSUS
EXTRAIT :  Je crois que les arts qui cherchent à imiter les créations de la nature ont débuté ainsi : un jour on découvrit par hasard, dans un tronc d’arbre, dans un monticule de terre, ou dans quelque autre objet des contours, qu’il suffisait de modifier très légèrement pour obtenir une ressemblance frappante avec certaines chose de la nature. Ceux qui avaient remarqué cela essayèrent alors de voir si, en ajoutant quelque chose qui manquait, ou en retranchant quelque chose qui était en trop, il ne serait pas possible d’obtenir une ressemblance parfaite. Ajustant ainsi et modifiant les contours et les surfaces selon l’exigence de chaque objet, des hommes parvinrent à réaliser ce qu’ils désiraient, et non sans y trouver plaisir. Depuis ce jour, l’aptitude de l’homme à créer des images se développa rapidement, jusqu’à ce qu’il fût capable de créer n’importe quelle apparence, même lorsqu’il n’y avait pas dans la matière le moindre tracé qui fût susceptible de l’aider. 

 

 

 

COZENS ALEXANDERS
Nouvelle méthode pour assister l'invention dans le dessin de compositions originales de paysages 1785

EXTRAIT : Je me vois tenté ici de rendre compte d'un incident qui donna naissance à la méthode que je propose pour aider l'imagination dans la composition de paysages, laquelle j'ai constamment suivie depuis lors, tant dans mes études personnelles qu'au cours de mon enseignement, et que je livre à présent au public, après avoir acquis la preuve définitive de son utilité au long de nombreuses années d'expériences.
Réfléchissant un jour, en compagnie d'un élève doué d'un grand talent naturel, à la composition originale de paysage, par opposition à sa copie, je déplorais l'absence d'une méthode mécanique suffisamment prompte et souple pour accoucher les idées d'un esprit fertile ayant des dispositions pour l'art du dessin. A cet instant, il se trouva qu'un vieux bout de papier me tomba sous la main, et qu'ayant jeté un léger coup d'œil, j'y traçai rapidement à l'aide d'un crayon quelque chose comme un paysage, afin de noter quelque idée susceptible d'être transformée en loi.
A la réflexion, il m'apparut que les taches sur le papier, bien que des plus indistinctes, m'avaient inconsciemment incité à exprimer l'aspect général d'un paysage

.
..

Tandis que je poursuivais cette entreprise, j'appris que Léonard de Vinci avait évoqué quelque chose de semblable dans son Traité de la peinture. On imagine assez aisément avec quelle avide curiosité je consultai le livre. Après avoir lu le passage particulier qui tendait à confirmer ma propre opinion, je tenais désormais une autorité à invoquer en sa faveur, et telle que les gens d'esprit seraient disposés à lui accorder quelque considération. Voici le passage en question : Je ne saurais manquer de placer parmi ces préceptes un nouveau mode de spéculation, qui peut sembler mesquin et même ridicule, mais n'est pourtant pas sans efficacité pour exciter l'esprit à des inventions variées. Le voici :
« Si tu regardes des murs souillés de taches ou faits des pierres de toute espèce, pour imaginer quelque scène, tu peux y voir l'analogie de paysages au décor de montagnes, de rivières, de rochers, d'arbres, de plaines, de larges vallées et de collines disposées de façon variée. Tu pourras y voir aussi des batailles et des figures au mouvement rapide, d'étranges visages et costumes et une infinité de choses que tu pourras ramener à une forme nette et complète.

 

 

GOMBRICH 

L’ART ET L’ILLUSION Psychologie de la représentation picturale édition Phaidon 1960   GOMBRICH à 51 ans
Les quelques passages évoquent : Le test de Rorschach - Léon Batista Alberti - Alexandre Cozens - Léonard de Vinci - Sung Ti - Les diseuses de bonne aventure - Les grains de beauté - Le marc de café - Les gouttes de plomb fondu.

EXTRAIT :
Les voyageurs et les silhouettes d’animaux dans Les roche
Un artiste du 17e siècle, du nom de Sung Ti,
aurait critiqué en ces termes, nous dit-on, les tableaux paysagistes chinois : « La technique en est excellente, mais il y manque l’effet naturel. Choisissez un vieux mur en ruine et couvrez-le d’un lé de soie blanche. Puis, regardez sans cesse, matin et soir, jusqu’à ce que vous puissiez voir les ruines à travers le tissu de soie : leurs reliefs, les différents niveaux, les sinuosités et les cassures, en accumulant dans votre esprit ces images et en les fixant dans vos yeux.  Que les reliefs soient vos montagnes, les fossés vos cours d’eaux, les profondeurs vos ravins, les crevasses vos canions, les parties claires vos premiers plans, les parties sombres vos lointains repères. Gardez bien le tout profondément en vous-mêmes, et vous verrez bientôt des hommes et des oiseaux qui se meuvent ou qui volent parmi des plantes et des arbres. Laissez alors votre pinceau aller, venir, à votre fantaisie, et ce que vous obtiendrez ne sera plus humain, mais céleste. Alors les yeux de ch’ên s’ouvrirent, et son style fut de bien meilleure qualité.